Fatigue persistante, troubles de la mémoire, douleurs diffuses, sensation de brouillard mental… Pour de nombreux patients, ces symptômes s’installent dans la durée sans toujours trouver de réponse immédiate. Dans ces moments d’incertitude, une tentation apparaît : chercher ailleurs. Explorer d’autres pistes. Trouver enfin une solution. Mais entre espoir légitime et dérives, la frontière est parfois fragile. C’est précisément ce sujet que le Dr Jérôme Larché, médecin interniste spécialiste des situations médicales complexes, a abordé le 6 mai 2026 aux Thermes de Balaruc-les-Bains, lors d’une conférence ouverte au public :
« La médecine n’est pas une croyance ».
Une médecine fondée sur des preuves… mais consciente de ses limites
« La médecine comme la science, ce n’est pas de la croyance. » Pour le Dr Larché, cette affirmation est essentielle. La médecine repose sur des connaissances scientifiques solides, construites à partir de preuves, d’observations et d’évaluations rigoureuses. Mais elle n’est pas figée. « Nous travaillons avec des vérités temporaires. La science évolue, et personne ne détient la vérité absolue. » Cette réalité impose une double exigence : rester rigoureux dans les connaissances… tout en faisant preuve d’humilité face à ce que l’on ne sait pas encore.
Quand l’absence de réponse devient un point de bascule
La médecine ne peut pas toujours tout expliquer immédiatement. Et pour les patients confrontés à des symptômes persistants — notamment après des infections comme le Covid long, que le Dr Larché a contribué à faire reconnaître — cette attente peut devenir difficile à vivre. C’est dans cet espace d’incertitude que s’engouffrent parfois des discours simplistes. Promesses de guérison rapide, explications globales, solutions présentées comme “révolutionnaires” : ces propositions peuvent sembler rassurantes… mais elles comportent des risques bien réels. « On peut louper des diagnostics, retarder des traitements, et impacter le pronostic des patients », alerte le médecin.
Face à la désinformation en santé : apprendre à garder des repères fiables
Face à la montée de la désinformation en santé, devenue un véritable enjeu de santé publique, il est essentiel d’aider les patients à développer des outils de repérage et d’analyse. Aujourd’hui, près de 97 % des personnes déclarent avoir déjà été confrontées à de fausses informations, dont au moins 30 % concernent la santé, et 70 % des patients indiquent y être confrontés au moins une fois par semaine. Ces contenus circulent souvent plus vite que les informations fiables, car ils reposent sur l’émotion, le spectaculaire ou des promesses séduisantes mais irréalistes. Dans ce contexte, la prise de recul, l’accès à une information de qualité et le dialogue avec les professionnels de santé sont essentiels.
Pour évaluer la fiabilité d’un discours, six questions simples peuvent guider le patient :
- qui parle et avec quelles compétences ?
- Sur quelles preuves les affirmations reposent-elles ?
- Le discours remplace-t-il un soin médical ou s’inscrit-il en complément ?
- Respecte-t-il le lien avec le médecin traitant ?
- Encourage-t-il une démarche éclairée et sécurisée ?
- Enfin, promet-il des résultats “miracles” ou instantanés ?
C’est dans ce cadre de pédagogie, d’échange et d’esprit critique que chacun peut apprendre à mieux se repérer et à prendre des décisions éclairées pour sa santé.
Fake médecine : où commence le danger ?
Toutes les approches non conventionnelles ne sont pas à rejeter en bloc.
Le Dr Larché adopte une position nuancée, fondée sur le bon sens médical.

Il accepte que certains patients explorent d’autres pistes, à trois conditions :
- que cela ne retarde pas leur prise en charge médicale
- que cela ne présente pas de danger
- que cela ne repose pas sur un engagement financier excessif
En revanche, la vigilance s’impose face à certains signaux d’alerte :
- promesses de résultats rapides ou garantis
- discours qui simplifient à l’extrême des situations complexes
- coûts élevés sans fondement scientifique
- pratiques qui éloignent du suivi médical
« À partir du moment où l’on vous propose une solution miracle, chère, et qui vous sort du parcours de soins… cela devient dangereux. »
Derrière les dérives, une réalité humaine
Si la “fake médecine” trouve un écho, ce n’est pas un hasard. Elle répond souvent à un besoin profond : être entendu, compris… et ne pas rester seul face à la maladie. « Personne ne peut reprocher aux patients de chercher des solutions », rappelle le Dr Larché. Le véritable enjeu est donc d’éviter l’isolement et l’errance médicale. Car plus un patient se sent abandonné, plus il devient vulnérable aux promesses illusoires.
Réaffirmer le rôle du médecin : accompagner, expliquer, protéger
Face à ces dérives, la réponse ne peut pas être uniquement scientifique. Elle est aussi relationnelle. Écouter, informer, orienter, rassurer : c’est ce lien de confiance qui permet de sécuriser les parcours de soins. « La médecine n’est pas fondée sur la contrainte, mais sur l’explication, le respect de l’autonomie et la transparence. » L’objectif n’est pas d’imposer, mais de donner des repères. Et surtout, de rester présent — même lorsque les réponses sont imparfaites.
Une démarche au cœur des Thermes de Balaruc-les-Bains

Aux Thermes de Balaruc-les-Bains, cette vision de la médecine trouve un prolongement naturel. L’établissement place l’éducation à la santé au cœur de son accompagnement, à travers des conférences et ateliers dédiés à :
- la douleur chronique
- le sommeil
- la nutrition
- la mémoire
- l’activité physique adaptée
- la gestion des émotions
La conférence du 6 mai a marqué le lancement d’un nouveau cycle autour d’un objectif commun : aider les patients à mieux comprendre leur santé et à faire des choix éclairés.
Pour aller plus loin
Un premier éclairage est disponible à travers un extrait vidéo enregistré aux Thermes :
https://youtu.be/4rC4JCsVASU

